un bruit de grelot…

Bavardages insignifiants…

09.01.2011 (10:42 pm) – Filed under: Misogynie

CRÊPAGE DE CHIGNON & BAVARDAGES INSIGNIFIANTS À PROPOS DE « SUPERFICIALITÉ »


Voici en vrac quelques bribes de réflexion décousue… En espérant que ça s’organise dans ma tête un de ces jours…

J’ai envie de parler de fringues, de fard, de féminité, de misogynie…

Je ne sais pas pourquoi on ne parle pas plus souvent de la façon dont on s’habille, dont on se présente, dont on apparaît, autrement qu’en des termes relativement dénigrants, comme si ce n’était que superficialité… Ou encore de la façon dont on prend soin de son corps, dont on se maquille, dont on s’agrémente…

C’est bizarre, et je ne sais pas trop encore de quoi ça relève, mais depuis que j’ai officialisé ma transition j’aurais déjà eu facilement l’occasion (sans spécialement chercher) d’apprendre l’auto-défense. Par contre, si je ne m’étais pas bougée le cul SEULE et que je m’étais contentée de suivre le mouvement, je n’aurais jamais eu l’occasion de discuter de simples petites techniques de maquillage, d’épilation, de gommage, etc… Pourtant c’est bizarre, j’ai l’impression que dans ma vie j’ai plus souvent l’occasion d’avoir la classe avec des belles fringues et du fard plutôt qu’en arrachant l’oreille à un type… Non pas que je doute de l’intérêt réel de savoir péter des genoux, ni de l’effet top classe que ça ferait. Mais quand même ça m’interroge…

Ca m’interroge sur toute cette misogynie ambiante qui ne dit pas son nom… Parce que associer “maquillage” et “femmes” c’est misogyne, et que associer “femmes” et “superficialité” c’est misogyne. Et comme le consensus général dit que “maquillage” = “superficialité”… Bref, si elle flotte, c’est une sorcière, et si elle coule, c’en était pas une mais elle sera morte quand même… Cool.

Ce qui me fait bien rire, c’est que je n’ai pas encore rencontré beaucoup de monde dans ma vie (certes, j’ai une petite vie, et faut avouer que je ne sors pas beaucoup de chez moi, mais quand même…) qui s’en fichait de son look, de sa gueule, de son apparence… Même si le look en question consiste justement à s’en foutre et à calculer comment passer le moins de temps possible à s’occuper de son look… Bref, même dans ce cas là, c’est réfléchi. Tout le monde se préoccupe, d’une façon ou d’une autre, de son apparence. Pourtant on en cause pas trop, parce que ce qui est valorisé c’est de donner l’impression que tout ça c’est naturel et qu’on passe l’intégralité de notre énergie à se préoccuper de problèmes métaphysiques et philosophiques…

Et vous n’avez pas l’impression qu’il y a un bug là ? En théorie, ce ne sont pas les mecs qui ne sont pas foutus de parler de leur intimité ? Qui sont sensés être publiquement inaccessibles et imperturbables, et être des êtres consistants et pas superficiels ? Et que ça relève de certaines pensées obscures qui disent que parler de ce qui nous rend telLEs qu’on est, c’est aussi nous rendre vulnérables et que du coup c’est MAL, c’est pas powerful !

Je ne sais pas… Je n’ai pas envie, pour une fois, de faire de procès à quiconque. Je n’ai pas envie de fustiger des choix ou de pointer le doigt sur des stratégies de survie. J’ai simplement envie d’aborder le monde à partir de la réalité que j’en perçois, et pas à partir d’une idée que je m’en fais… Et j’ai pas envie de me donner plus d’importance que j’en ai…

Il y a des personnes qui ont inventé la gastronomie (surtout la mayonnaise) parce qu’on a besoin de manger et que ça peut être fun… Et d’autres qui ont inventé les collants léopard et les talons hauts parce qu’on a besoin de ressembler à quelque chose et que ça peut être classe… D’autres encore ont inventé la réflexion politique parce qu’on a besoin d’affiner notre perception du monde et la façon dont on s’organise… D’autres enfin ont inventé le mascara et l’ombre à paupières parce qu’on a besoin d’affiner notre perception de nous-même, voir parfois simplement de partir à notre propre rencontre…

Bon, d’accord, j’admets, on peut avoir la classe même si on n’a ni talons hauts ni collants léopard. Je vous l’accorde… C’est une possibilité… Je ne veux pas faire de propagande… Je veux dire, on peut aussi manger des frites crues ou seulement la pâte de la pizza, hein… c’est possible…

Mais oui, je crois que je peux dire aujourd’hui que j’apprends autant sur moi-même et sur le monde en lisant des livres qu’en observant le look des personnes que je croise… Que je comprend autant de choses sur moi-même en m’acharnant à l’écriture perfectionnée d’un tract qu’en m’exténuant à appliquer un trait précis d’eyeliner sur ma paupière (ah, vous ne vous en étiez pas rendues compte… c’est normal, pour l’instant je suis encore placard au sujet de l’eyeliner…). Et que j’apprends autant l’humilité et le self-contrôle en ayant un débat théorique avancé qu’en passant deux heures avec un épilateur électrique sur mes gambettes !

Et pour revenir sur le parallèle avec l’auto-défense, si j’arrive parfois à relever la tête dans la rue et à affirmer ma démarche c’est quand je me sens bien dans la façon dont je suis habillée, fardée, agencée… Et que, pour faire un raccourci, j’ai bien peur de ne pas pouvoir réagir à une agression si je ne me sens pas bien dans mes fringues et sous mon fard, si je ne suis pas à l’aise avec la façon dont je me présente.

Bref, je ne sais pas si vous voyez… Ce qui me gave c’est juste cette espèce de hiérarchie de la subversion et de l’importance des choses, qui comme par hasard place ce qui est le plus connoté “féminin” tout en bas.

Je ne reproche à personne d’adapter son apparence à n’importe quel critère. Ce que je reproche c’est de ne pas avoir l’honnêteté de reconnaître que ça a de l’importance, et de ne pas avoir le courage de causer de ces choses. Et ce qui m’énerve, c’est que ça relève de la plus banale misogynie, nous qui pensons parfois nous élever si loin du “monde des méchants dominants”…

Solène Hasse (décembre 2010)