un bruit de grelot…

Terminologies trans MtF / FtF / XtF / MtB / FtB…

09.12.2010 (11:36 pm) – Filed under: Terminologie

TERMINOLOGIES TRANS MtF / FtF / XtF / MtB / FtB…

Allez hop, une contribution aux éternels débats !… J’avoue que j’hésite encore entre me dire que ces questions sont relativement inutiles, ou au contraire qu’elles sont fondamentales…

Mais bon, en ce moment je me pose pas mal de questions sur les termes employés pour définir les transidentités …tF (et tB aussi un peu).

I. MON INTERPRETATION DES TERMES UTILISÉS ACTUELLEMENT

En gros, j’ai l’impression qu’aujourd’hui, on a la présence de deux grandes tendances plus ou moins assumées (attention, il ne s’agit pas ici des définitions officielles, mais des interpretations que j’en fais à partir de leur usage courant actuel dans les milieux/forums trans) :

> “transsexuelle” : mot employé pour définir plutôt les MtF old school et post-op ou pré-op. Bref, c’est un peu has been comme mot, et un brin essentialiste. En gros, t’es transsexuelle si tu as un néo-vagin ou que tu prévois de t’en faire constuire un bientôt, que tu sais que tu es une fâme depuis tes 2 ans et demi, et que ton objectif prioritaire est d’être une fâme comme les autres.

> “transgenre” : mot employé pour définir les autres MtF (non-op) et éventuellement les travesties, ou comme terme générique regroupant toutes les personnes assignées mâles à la naissance et ayant une expression de genre plutôt “féminine”. C’est la variante queerisée à la mode, qui vise à se détacher de l’essentialisme en disant que peut-être c’est pas un drame d’être une meuf sans pour autant avoir de vagin, et qu’il y a peut-être des choses plus importantes dans la vie.

Bon, en vrai, c’est pas si simple que ça, mais je résume.

Ces deux termes me posent deux grands problèmes :
1/ ça se focalise quand même beaucoup sur ce qu’on a dans la culotte.
2/ ça part du postulat qu’à la base, on est assignées “M” à la naissance.

Et j’ai l’impression que chacun de ces termes est le reflet d’un revirement essentialiste, même du côté de celles qui cherchent à s’en détacher.
En gros, on a deux barricades qui n’ont que deux côtés chacune :
1/ soit t’es une Fâme© Transsexuelle©, soit t’es une imposture ridicule
2/ soit t’es trans’, soit t’es cis’

PS : ah, j’oubliais, y’a aussi celleux qui se disent que pour éviter les conflits, le mieux c’est d’appauvrir le language en se contentant d’utiliser le terme ” trans’ “, pour englober tout… ou rien…

II. ET LES BIOTRANS DANS TOUT ÇA ???

Bon, vous savez que je ne suis pas vraiment pro-queer et que je ne crois pas spécialement à la multiplication infinie et libérale des identités…
Pourtant, il y a des réalités qui existent, et des personnes qui sont “hors la loi du genre” comme disait Leslie Feinberg.

Des exemples parmi d’autres : les fems, les butchs, les tranny butchs, les hards fems, etc…

Mise en situation #1 : une fem cis’, ne serait-elle pas aussi un peu une meuf transgenre ?
Mise en situation #2 : une butch cis’, ne serait-elle pas aussi un peu une meuf transgenre ?

Lors des luttes trans des vingt dernières années, “on” a mis très fortement l’accent (et à juste titre) sur la nécessité de reconnaître incontestablement que les MtF sont des femmes et que les FtM sont des hommes. On a aussi, plus récemment, mis l’accent sur le fait qu’il ne fallait pas se foutre de la gueule des trans, et qu’il ne suffisait pas d’être vaguement déviantE de genre pour être trans (qui n’a jamais entendu, dans les milieux LGBT ou queers, des propos du style “au fond, on est touTEs un peu trans”).
Mais on a oublié de se poser la question de ce qu’on faisait avec les personnes cis’ qui ne sont pas des “caricatures” de leur genres, voir même qui s’en échappent, sans pour autant passer “de l’autre côté”.

III. CELLES QUI SONT “ELLES”

Voilà pourquoi je me revendique aujourd’hui comme transexuelle et non comme transgenre, même si ce n’est pas demain que j’aurais les thunes pour passer sur le billard, et même si je considère effectivement que le contenu de la cullotte, politiquement, est une question assez secondaire.

Parce que je me pose la question de savoir si les “meufs trans”, ce ne sont pas tout simplement toutes ces “elles” qui ne sont pas des Fâmes©, et ça inclue toutes les variations qui partent d’une femme ou d’une lesbienne, que celle-ci soit trans ou cis !

Bref, les trans MtF, peuvent soit être des Fâmes©, soit être des meufs trans. Et ça n’a rien à voir avec le fait qu’elles soient transsexuelles !

En clair, les MtF ne sont pas, en tant que MtF, des meufs transgenre.

IV. EN BREF

Bon, tout ça pour dire que je me demande si ce ne serait pas plus judicieux d’utiliser “transsexuelle” pour désigner les MtF (qu’elles soient post-op, non-op ou pré-op), et “meufs transgenre” pour désigner les “elles” qui ne sont pas Fâmes© (qu’elles soient transsexuelles ou cissexuelles).

On peut donc être transsexuelle ET cisgenre, ou cissexuelle ET transgenre, ou transsexuelle ET transgenre, ou cissexuelle ET cisgenre, …

V. POST-BIOTRANS…

Tout ça peut nous mener bien loin, puisque si par exemple une butch cissexuelle (car elle est “elle” et qu’elle a été assignée F à la naissance), n’étant pas dans les critères en vigueur du genre féminin (puisque butch) est une meuf transgenre ; alors une Fâme© hétéra transsexuelle (car elle est “elle” et qu’elle a été assignée M à la naissance) correspondant aux critères du genre féminin, est une femme cisgenre.
Et du coup, une transsexuelle fem, par exemple, est une meuf transgenre non pas parce qu’elle est transexuelle (c’est à dire parce qu’elle est “Elle” malgré un M à la naissance) mais parce qu’elle est fem (c’est à dire parce qu’elle n’est pas Fâme© malgré qu’elle soit “Elle”)

Au final, ça veut dire qu’on ne peut pas dés-éssentialiser les choses à moitité. Soit on parle d’anatomie, soit on parle de rapports sociaux. Mais on ne peut définitivement pas faire passer des rapports sociaux pour des “essences”, même si on ne peut nier que la place dans les rapports sociaux est À L’ORIGINE définie par la société patriarcale en fonction de l’anatomie.

VI. JUSTIFICATIONS

Vous allez me dire que je joue sur les mots, que je relativise à outrance, et que tout ça n’est qu’une pâle performance intelectuelle.

Ben…, non…, je ne crois pas….

Je cherche tout simplement à affirmer clairement (et aussi vis à vis de moi-même, parce que parfois j’en doute) que sexe et genre peuvent être des choses VRAIMENT différentes qu’on a encore trop souvent l’habitude de lier.

Et c’est à cause de ce type d’erreurs qu’on se retrouve, entre autres, avec des espèces de “biotrans” qui nous expliquent qu’elles comprennent vraiment ce qu’on vit et qu’elles sont aussi vraiment trop grave trans, au fond… (sur le sujet, entre autres, voir : http://lapetitemurene.over-blog.com/pages/l-economie-de-l-implicite-trans-biotrans-freaks-etc-3541999.html )
Ben ouais, ptet bien, mais “trans” c’est qu’un préfixe, alors tout dépend de ce qu’on met derrière.
Non, ce ne sont absolument pas les mêmes vécus/situations entre une meuf cissexuelle transgenre et une meuf transsexuelle transgenre, ni entre une meuf transsexuelle cisgenre et une meuf cissexuelle transgenre, etc…

Et d’ailleurs, perso, je n’ai pas de grandes ambitions dans la vie, mais juste être un préfixe, c’est quand même pas terrible je trouve…


VII. VÉRITÉS UNIVERSELLES À RETENIR ET À APPRENDRE PAR COEUR :

* Etre transsexuelLE, c’est être d’un genre différent de celui assigné à la naissance.

* Etre transgenre, c’est avoir une expression de genre qui ne correspond pas aux critères en vigueur du genre auquel on appartient.

—–

Pfff, je ne sais pas si j’ai été très claire… De toute façon ça ne l’est pas vraiment pour moi non plus… Puis je doute quand même un peu de l’intérêt réel de toutes ces reflexions (d’ailleurs, si vous pouvez m’aider à trancher là dessus…).
On m’y reprendra, tiens, à vouloir essayer de complexifier ma vision du monde… Je me rappelle, maintenant, pourquoi je suis si manichéenne d’habitude…

Solène Hasse (09/12/2010)

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